Abolition de l'Esclavage (commémoration du Bicentenaire), Evry, 1998

 

 

18cote3.jpg.jpg- Esclave.jpg10palissade-detail1.jpg11esclave-rapproche.jpg12femme-voilee.jpg13palissade1.jpg14coin1.jpg15cote1.jpg16cote2.jpg17cote2-detail.jpg1evry-place.jpg2palissade4.jpg3palissade2.jpg3palissade3.jpg4original-esclave.jpg4palissade3-esclave.jpg5palissade-detail4.jpg6palissade-detail2.jpg7palissade-detail3.jpg8palissade-detail5.jpg9palissade-detail6.jpgoriginal-journal.jpg

 

 

 

 

Pour ce concours de la Ville d'Evry, en avril 1998, les peintres sélectionnés devaient investir des palissades de dix mètres sur deux, sur la Place des Droits de l'Homme, entourée par une cité et la Cathédrale de la Résurrection. J'ai ordonnancé un parcours visuel confrontant des images et des textes, dans des juxtapositions, superpositions et transparences de voiles, évocations d'une mémoire sédimentaire : des dessins géants à l'acrylique et pastels gras, des collages de photocopies de définitions de dictionnaires, Encyclopaedia Universalis, et d'articles de journaux, des graffiti qui en reprenaient des mots, des phrases. Les filets de pêche réels qui servent de voile à l'esquisse géante de « la petite Sarah condamnée à cent coups de bâton » (événement qui a ému le monde entier le 23 octobre 1995), ou qui recouvrent celle des mains de l'esclave, reprennent le graphisme du filet de la photographie qui illustre l'article de l'Encyclopaedia Universalis sur l'esclavage, elle-même reprise en esquisse géante. Dessins, objets, textes, graffiti, font tous référence aux images et textes de journaux, dictionnaires et Encyclopédie : le Vrai, la Connaissance à laquelle tout un chacun se réfère : le fait est validé par le support photocopie qui est un indice supplémentaire d'authenticité. L'image figurative de départ est une image choc, issue d'une photo choc, qui pourrait paraître dans Paris Match : l'horreur immédiate, qui met tout le monde d'accord (comme le dictionnaire). L'image est détournée par le dessin, qui lui donne une caution autre, passant du document à l'appropriation par la main. Celle-ci suppose inconsciemment pour le tout-venant un compatir supplémentaire (une photo est prise, en appuyant sur le déclencheur, un dessin est souffert, par le travail du corps). De même en va-t-il du passage de la photocopie à l'écriture à la main. Le tout était présenté de manière sédimentaire, les collages étant englués dans de la peinture blanche, et se superposant les uns les autres de manière à faire apparaître comme accidentellement des objets choisis, comme par mémoire l'affleurement de phrases, images obsessionnelles. La mise en regard des pensées de l'esclavage invoque l'intimité du spectateur, son présent d'esclave éventuel, le bien fondé de toutes ces sortes d'esclavages subis ou choisis (être esclave de sa parole, de ses devoirs…), ce sont aussi des idées, des images reçues, elles le sont de dictionnaires ou Encyclopédie, et elles s'associent dans notre perception du monde pour nous en faire une seconde nature. Les éléments figuratifs sont des hameçons visuels pour guider vers une interrogation plus fine, plus existentielle. Les esclavages dialoguent entre eux, des images reçues, aux textes écrits : le langage vient percuter le sens immédiat et l'engrosser. Un matin de mes journées de travail, j'eus la surprise de voir que quelqu'un avait eu la délicatesse de coller à l'eau de pluie quelque chose sur mon panneau, sa contribution : la photocopie d'un article de journal signé par une journaliste algérienne. J'ai alors aménagé un espace où le spectateur pouvait prolonger cette initiative, sur la deuxième partie de la palissade. Ainsi achevé, ce parcours mental menait donc symboliquement et physiquement à l'Action. Corine Sylvia Congiu Août 2009