« Et la boucle est bouclée : c’est par la grâce de ce hasard que la solitude de l’artiste est rompue, sous le signe du désir qui réunit tout naturellement le peintre et la femme, son modèle, son reflet. » (Gérard LENNE, critique cinématographique, Septembre 2009).

OMBRES CHINOISES par Corine Sylvia Congiu

Réalisation, photographies, chant, musique de tango : Corine Sylvia Congiu

Adjoint technique à la réalisation : Didier Bertrand.

C'est pendant la réalisation d’une série de peintures au Pochoir en Avril 2009 que mon ombre reflétée sur la toile presque encore vierge me donne l'idée d'une nouvelle série de photographies sur le thème du Tango, intitulée « Ombres Chinoises ».

A partir de ces photographies, je commence à réaliser un court métrage de 4mn, en composant moi-même une musique de tango, collages sonores d'échantillonnages (« samples ») de mes tangos préférés, de ma voix (chant et bruits de corps, cris, rires, éternuements…).

J'avais déjà réalisé deux vidéos depuis 2007 : « Comment il a fait pour atterrir sur cette feuille blanche » " ou "Ca doit être dur de reproduire ça en plus petit" (sur le public de l'installation de Jean Chazy et moi au Génie des Jardins, 21mn, 2006, projeté à la Mairie du 11°, Paris, en janvier 2007) et « Le héros » (53 mn, 2008, documentaire sur l'imaginaire verbal et plastique de collégiens en 2000, sur le thème du héros).

Dans « Ombres Chinoises », je systématise le diaporama d'images fixes à différents rythmes, déjà présent dans « Ca doit être dur… », en hommage à mon film préféré, « La Jetée » de Chris Marker. L'allusion du titre à la culture Chinoise revisitée par l'Occident est présente  humoristiquement par les coiffures sophistiquées des ombres.

 

« Ombres chinoises 1 »,  déclaration d’intention

Le film de 4 minutes présenté ici est un diaporama d’images fixes, le mouvement lui-même étant créé par la succession des images comme dans un ouvrage d'animation.

C’est un essai sur la solitude (du peintre, de la femme, de la femme qui est peintre), dans sa réclusion fantasmatique d’alchimiste.   Un peintre commence une toile dans son atelier en chantant un tango, voit son ombre projetée sur la toile, se déshabille, met ses chaussures de tango, et photographie ses poses capricieuses. Ainsi le modèle traditionnel du peintre hante la toile et son ombre vient visiter subrepticement  le commencement d’une peinture abstraite qui a toujours refusé le modèle.

Au delà de cette histoire de peintre, il y a cette histoire de femme, qui rêve d’être nue au soleil d’un amour (le peintre chante « Volver » de Carlos Gardel au début dans son atelier en pschi-pschittant à la bombe, « tu ya’s su vida, tu ya’s su amor »), et qui s’amuse gaiement des déformations de son corps.

Pour respecter la rigueur de la démarche, on a voulu garder l’accidentel : l’écran a été filmé pendant que je tournais la molette de la souris comme un disc-jockey au rythme de la musique. La caméra ayant enregistré le son, on entend une voix d’homme « maman, tu pourrais faire la vaisselle », la voix du peintre « chut, je travaille », et les bruits de vaisselle du fils qui râle sur sa mère.  Idée d’instants de liberté volés au quotidien.

 Corine Sylvia CONGIU

2009-09-04