Corine Congiu ou l’alphabet de l’intime

Corine Congiu est peintre, de la plus noble des façons. C’est quelque chose de fragile et d’invincible tout autant.

Agrégée d'Arts Plastiques, travaillant à Paris, elle expose régulièrement ses œuvres depuis 1987 dans des expositions personnelles ou collectives en galeries, musées, salons d'art contemporain. Elle débute une carrière internationale par une exposition à Moscou en 1995, puis en 2001 à Séoul, en Corée. En 2003, elle participe à la Foire internationale d’Art Contemporain de Hong Kong. Ses peintures seront vues ensuite en Egypte et en Italie. En 2005, Corine Congiu est exposée à la Limn Gallery de San Francisco.

Il y a un moment où la peinture se lève, où la matière que vous avez sous les yeux se met à penser d’elle-même. Vous êtes là, debout, bousculé par les autres, mais absorbé par elle. Devant une peinture de Corine Congiu, c’est bien de cela qu’il s’agit. L’alphabet qu’elle nous livre parle bien. Il est le sien, le nôtre… il est universel.

Cet alphabet, ce vocabulaire de signes, ne nait pas de rien, il n’est pas le fruit du « hasard », bien au contraire. S’il réussit à être à la fois si singulier et tout à fait international, c’est parce que Corine Congiu maîtrise parfaitement le sens et l’histoire des signes. Sans doute parce que ses sources d’inspiration dépassent largement la création artistique, pour s’enrichir de références philosophiques et littéraires : capable de citer Barthes, Heidegger ou Sartre, Corine Congiu pense sa peinture.  C’est là sans doute ce qui la caractérise et la différencie le plus d’autres artistes qui, trop souvent, se contentent d’emprunter à l’histoire de la peinture une spontanéité qui ne leur permet pas de dépasser leurs simples états d’âme.

Pour Corine Congiu,  il ne s’agit pas uniquement de peindre, il s’agit de construire un langage. Les éléments abstraits ou les figures géométriques qu’elle retient sont ceux qui nous font penser et ressentir le monde, ceux qui structurent notre inconscient collectif. Elle sait le symbolisme du rouge, du bleu, du noir, de la ligne horizontale ou verticale, la subjectivité de la tache, la rationalité de la géométrie. Elle utilise le carré, la ligne ou la croix parce que ces formes se nourrissent de toute l’histoire de la peinture, et de toutes les projections psychologiques esthétiques ou littéraires que quiconque pourra en faire. Son langage pictural est ainsi parfaitement maîtrisé, s’imposant de lui-même, créant forcément une rencontre avec le visiteur des galeries du monde entier.

Mais Corine Congiu se fait un sang d’encre. Corine Congiu est sans cesse sur la brèche, flirtant avec l’impossibilité de dire autant que l’absolue nécessité de poser son intimité toute crue sur la toile. Toute seule, toute vraie, inassouvie, vulnérable, combative, prête à se faire dévorer, campée sur ses deux pieds, elle peint.  Et ce faisant, elle nous invite sans cesse à de nouveaux extraits de son alphabet de l’intime.

Corine Congiu est peintre, de la plus noble des façons. C’est quelque chose de fragile et d’invincible tout autant.

 

Florence Bost