Christophe Nicolas : premier regard un peu sentimental sur Fusei de Corine Sylvia Congiu

FUSEI (variation 1)

À l'encre du sommeil mon corps de nuit dessine

Mes pinceaux emportés dans un élan criard

Barbouillent sur mes draps un brouillon assez noir

Qu'un silence tranché traverse et illumine

Quand le matin me cueille au sortir de mes toiles

Sous le duvet déjà il ne reste plus rien

De cet autre univers qui pourtant fut le mien

Un vieux rêve surnage au milieu d'une eau sale

Je voudrais m'endormir dans un lit de papier

Afficher au réveil les plis gaufrés des pages

Pour tirer le portrait de l'artiste sauvage

Qui cochonne mes nuits en parfait braconnier

Enfin déchirer Ça qui m'use et me déchire

Tout effacer ici et cesser de maudire

FUSEI (variation 2)

A l'encre du sommeil mon corps de nuit dessine

Mes bras très inspirés font dans les tons criards

Le sujet trop couru veut un sobre trait noir

Le contraste des draps à lui seul l'illumine

Mis sens dessus dessous l'atelier de mes toiles

Au sortir de mon lit ne me révèle rien

Des croquis fulgurants que j'imaginais miens

Pas l'ombre d'un brouillon pas même les mains sales

Le renard qui mordu vient fouiller mes papiers

Emprunte les chemins qui traversent la page

Sa trace est invisible et son parfum sauvage

Quand je t'aurai pincé délicieux braconnier

Je me tiendrai au loin craignant que tu déchires

Ce que je voudrais voir et devoir me maudire

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